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5,2 millions de "passoires thermiques" en France, que sait-on de ce chiffre ?

Thomas Deszpot
Publi¨¦ le 23 novembre 2022 ¨¤ 18h18
JT Perso

Source : JT 20h WE

De nombreux m¨¦nages redoutent l'arriv¨¦e de l'hiver, en raison des probl¨¨mes de chauffage et d'isolation de leur logement.
Des estimations font r¨¦guli¨¨rement ¨¦tat de 5,2 millions de passoires thermiques en France.
Il s'agit d'un chiffre issu d'une agence publique et obtenu via des projections, li¨¦es au diagnostic de performance ¨¦nerg¨¦tique (DPE) des habitations.

Une Journée contre la précarité énergétique est organisée le 24 novembre en France, un événement qui se tient à l'approche de l'hiver et dans un contexte particulier, marqué par la flambée des prix de l'énergie. À cette occasion, le député Renaissance de Haute-Savoie Antoine Armand a relayé un chiffre marquant, dont il est régulièrement fait mention. En France, souligne-t-il, nous dénombrons "5,2 millions de passoires énergétiques", souvent aussi appelées "passoires thermiques"

Une estimation fiable ? Lorsque l'on en cherche l'origine, les pistes mènent à des travaux de l'Observatoire national de la rénovation énergétique (l'ONRE). Des chiffres sérieux, obtenus grâce à une méthodologie rendue publique, et qui remontent au début d'année 2022.

Le nouveau calcul du DPE a fait augmenter les estimations

Dans un rapport dévoilé en juillet, l'ONRE estimait qu'au total, "sur les 30 millions de résidences principales que compte la France au 1er janvier 2022", près de "5,2 millions de logements, soit 17% du parc, seraient des 'passoires énergétiques' (étiquettes F et G du DPE)". Des estimations rendues notamment possibles par les travaux de l'Ademe, qui "collecte l’ensemble des DPE réalisés en France métropolitaine". Pour autant, ces données accumulées depuis bientôt 10 ans ne sont pas suffisantes. Elles présentent des biais et ne sont pas représentatives "de l’ensemble du parc, car les DPE ne sont produits, sauf

exception, qu’à l’occasion des transactions (y compris des logements neufs) et des mises en location". 

Pour affiner sa vision, l'ONRE met sur pied "une modélisation visant à produire des estimations statistiques et à prédire les étiquettes DPE sur l’ensemble du parc de logements". Une multitude de critères sont ainsi pris en compte : "la date de construction", la "tranche de surface, définie de manière distincte pour les appartements et les maisons", mais aussi "des variables liées au bâti", telles que la "présence de gaz ou d'un chauffage central". À cela s'ajoutent "des variables liées à l’occupant : locataire ou propriétaire, logement social", ainsi que d'autres variables, géographiques cette fois. La "zone climatique", le département, ou bien encore la "catégorie urbaine". Une méthodologie complexe qui doit permettre d'affiner au mieux les projections.

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Le nombre estimé de passoires thermiques, qui se révèle bien de 5,2 millions en France, apparaît assez fiable. Il faut toutefois souligner qu'il serait amené à varier si les seuils définis pour classer les logements (en classe A, B, C... jusqu'à G) étaient modifiés. Actuellement, un logement est en effet classé parmi les "passoires" en classe F ou G lorsque sa consommation d'énergie primaire dépasse les 420 kWh/m² et par an. En toute logique, relever ce plafond contribuerait à faire basculer davantage de logements en classe F ou G, et donc à multiplier la quantité de logements considérés comme des passoires dans le parc immobilier français.

Le ministère de la Transition écologique, en charge des questions liées au logement, souligne par ailleurs que "la méthodologie du DPE a évolué en juillet 2021, puis en octobre 2021". Un mode de calcul visant à le rendre "plus fiable" et qui a eu un impact sur le volume de logements classés F et G. "Une estimation avait été publiée en 2020 sur la situation du parc au 1er janvier 2018", nous indique-t-on, mais celle-ci "utilisait alors les anciens critères du DPE (prenant en particulier en compte la seule consommation d'énergie primaire)". Une étude qui "conduisait à un total de passoires thermiques de 4,8 millions". La hausse observée depuis, avec un passage à 5,2 millions de logements "entre 2018 et 2022", est directement liée "à l'évolution de la méthodologie du calcul des DPE", glisse le ministère. Ce dernier souhaite que "dans le futur, les travaux de rénovation énergétique des logements conduiront au fur et à mesure à une réduction du nombre des passoires". 

Notons que pour accélérer ce processus et réduire la précarité énergétique qui touche de nombreux foyers, le gouvernement a décidé de modifier le dispositif "Ma Prime Rénov'". Son budget augmentera à 2,6 milliards d'euros en 2023 et prévoit entre autres une extension du nombre de personnes et bâtiments éligibles. 

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