L'info pass¨¦e au crible
Verif'

L'hydro¨¦lectricit¨¦ tue-t-elle plus que le nucl¨¦aire ?

Caroline Quevrain
Publi¨¦ le 12 septembre 2022 ¨¤ 16h13
JT Perso

Source : JT 13h WE

Selon Jean-Marc Jancovici, membre du Haut Conseil pour le Climat, le nucl¨¦aire est largement moins mortel que l¡¯hydro¨¦lectricit¨¦.
C¡¯est vrai, d¡¯apr¨¨s les donn¨¦es disponibles, avec un taux de 0,03 d¨¦c¨¨s par t¨¦rawattheure pour le premier, contre 1,3 pour le second.
La rupture du barrage de Banqiao, en Chine en 1975, et ses milliers de morts y sont pour beaucoup.

Mise à jour du 13/09 : correction du bilan apporté par les autorités japonaises, suite à la catastrophe de Fukushima.

En cette rentrée, la place à accorder au nucléaire suscite encore le débat. Et l’ingénieur Jean-Marc Jancovici eu l’occasion de le relancer par plusieurs interventions dans les médias. Membre du Haut Conseil pour le Climat et fervent défenseur du nucléaire, le spécialiste a notamment expliqué sur France 5 que cette énergie était l’une des plus sûres de toutes. 

L'hydro¨¦lectricit¨¦, premi¨¨re source d'¨¦nergie renouvelable

Rebondissant sur la situation ukrainienne et l’éventualité d’un accident à la centrale de Zaporijia, la plus grande d’Europe, Jean-Marc Jancovici s’est alors attardé sur les risques pour les habitants de la région : "Si on veut supprimer les problèmes pour les populations locales, on déconstruit tous les barrages. Vous savez, le plus grand accident de barrage a eu lieu en Chine dans les années 70, il y a eu entre 20 et 100.000 morts". 

En France, le nucléaire est la première énergie produisant de l’électricité. En 2021, il représentait 69% de notre production, une part devant être ramené à 50% en 2035. Viennent ensuite les énergies renouvelables, représentant 19% de notre consommation d’énergie en 2021. Et comme le rappelle le ministère de la Transition écologie, "l’hydroélectricité est la deuxième source de production électrique derrière le nucléaire et la première source d’électricité renouvelable en France".

Pour analyser le niveau de sûreté d'une source d’énergie, toutes les conséquences négatives liées à sa production doivent être prises en compte : la pollution de l’air qu’elle cause d’abord, puisqu’elle tue 9 millions de personnes par an dans le monde, d’après une étude du Lancet. Ensuite, les accidents qui ont pu survenir. Puis, les émissions de gaz à effet de serre (GES) engendrées par celle-ci. Cette comparaison a notamment été retenue par le site Our world in data, qui synthétise des données officielles. Dans le cas des centrales hydrauliques et nucléaires, seuls les accidents sont à retenir ici : ces deux énergies n’émettent pas de polluant de l’air, ni de GES. En 2020, 91% des émissions mondiales de CO2 provenaient de l’extraction d’énergies fossiles, selon le Global Carbon Project. 

Et d’après deux études sur le sujet, l’une publiée en 2007 dans la revue médicale du Lancet et l’autre en 2016 dans Elsevier, l’un des plus gros éditeurs mondiaux de littérature scientifique, l’hydroélectricité cause plus de décès que l’électricité. Le taux de mortalité de la première est de 1,3 par térawattheure contre 0,03 pour la seconde. Cela représente un décès par an dans le cas de l’hydroélectricité dans une ville moyenne de 150.000 habitants entièrement alimentée par cette énergie, selon les projections de Our world in data, et un décès tous les 33 ans dans le cas du nucléaire. 

Les taux de mortalit¨¦ sont mesur¨¦s sur la base des d¨¦c¨¨s dus aux accidents et ¨¤ la pollution de l'air par t¨¦rawattheure (TWh) d¡¯¨¦lectricit¨¦. - Our World in Data / Sovacool et al. (2016); et Markandya, A., & Wilkinson, P. (2007)

Mais cette comparaison comporte des limites. D’abord, le taux de mortalité lié à l’hydroélectricité est aussi haut à cause d’un accident en particulier, cité par Jean-Marc Jancovici. Il s'agit de la rupture du barrage de Banqiao, en 1975 en Chine, qui a tué 171.000 personnes : 26.000 personnes sont mortes au cours de l’accident et 145.000 ont péri à cause de la famine que le drame a provoquée, selon l’estimation la plus récente. Sans cet événement, cette énergie serait extrêmement sûre avec un taux de mortalité "comparable au nucléaire, au solaire et à l’éolien" de 0,04 décès par TWh, synthétise Our world in data.

Ensuite, les bilans des deux accidents nucléaires de Tchernobyl et de Fukushima peuvent aussi s’interroger. Celui de quelques dizaines de morts, communiqué juste après la catastrophe ukrainienne de 1986, a depuis été revu à la hausse à cause des maladies déclenchées par la radioactivité. Entre 1991 et 2005, en Ukraine, en Russie et en Biélorussie, plus de 6000 cancers de la thyroïde ont ainsi été constatés chez des personnes de moins de 18 ans. Et depuis la catastrophe de Fukushima de 2011, des milliers de morts ont été causées par le tsunami, mais des développements de cancers de la thyroïde pourraient lui être associés. En 2019, les autorités japonaises faisaient état, auprès de Checknews, de 19.360 décès suite à la catastrophe. 

Lire aussi

Ces données, susceptibles d’être incomplètes, peuvent ainsi fausser les comparaisons directes entre deux taux de mortalité. De plus, des accidents graves de barrages hydrauliques ne sont pas à déplorer récemment. Par exemple, un autre cas cité par Jean-Marc Jancovici s’est déroulé en 1963, soit il y a près de 60 ans, au barrage du Vajont, en Italie, et a provoqué entre 1900 et 2100 morts. 

Rappelons par ailleurs qu'en France, selon le ministère de la Transition écologique, "les installations hydroélectriques font l’objet d’une surveillance particulière et sont soumises à des obligations importantes de sécurité et de sûreté dès lors que la production d’électricité fait appel à un barrage ou nécessite une conduite forcée".

Vous souhaitez nous poser des questions ou nous soumettre une information qui ne vous paraît pas fiable ? N'hésitez pas à nous écrire à l'adresse lesverificateurs@tf1.fr. Retrouvez-nous également sur Twitter : notre équipe y est présente derrière le compte @verif_TF1LCI.


Caroline Quevrain

Sur le
m¨ºme th¨¨me

Articles

Tout
TF1 Info