Guerre en Ukraine : un s¨¦isme pour l'¨¦conomie mondiale

Embargo sur le charbon russe : quelles cons¨¦quences pour la France ?

Charlotte Anglade
Publi¨¦ le 6 avril 2022 ¨¤ 14h30
JT Perso

Source : JT 20h Semaine

Ursula von der Leyen a propos¨¦ mardi aux 27 pays de l'Union europ¨¦enne de mettre un terme ¨¤ leurs achats de charbon russe.
Si cela est ¨¤ priori plus facile ¨¤ ex¨¦cuter que pour le p¨¦trole, la France en souffrirait-elle ?

La guerre en Ukraine se poursuit et les Occidentaux cherchent à couper définitivement les ponts avec la Russie. Mardi 6 avril, la Commission européenne a proposé aux Vingt-Sept de durcir les sanctions contre Moscou, en arrêtant leurs achats de charbon russe, qui représentent 45% des importations de l'UE. Par la voix de sa présidente, Ursula von der Leyen, elle propose ainsi "d'interdire toutes les importations de charbon en provenance de Russie, d'une valeur de quatre milliards d'euros par an".

Plusieurs experts, dont ceux de l'institut Bruegel, estiment plus facile pour les Vingt-Sept de remplacer le charbon russe par d'autres sources d'approvisionnement, contrairement au pétrole, dont l'embargo éventuel fait l'objet d'âpres discussions entre États membres. Certains pays fortement dépendants du charbon pourraient cependant être mis en difficulté. Qu'en est-il de la France ?

L'Australie, les ?tats-Unis et l'Afrique du Sud, ces autres pays exportateurs de charbon

Dans l'Hexagone, les sources d'approvisionnement en charbon sont multiples. Si elles proviennent bien, en majorité, de l'Australie et de la Russie, avec chacune plus de deux millions de tonnes de charbon importées, soit 60 % des importations totales, les États-Unis (1,2 Mt), l’Afrique du Sud (0,8 Mt) et la Colombie (0,5 Mt) fournissent également l'Hexagone, indique sur son site le ministère de la Transition écologique.

Une redistribution des cartes, bien que fastidieuse, pourrait donc permettre de se passer du charbon russe. Le 22 mars, le patron d'ArcelorMittal pour l'Europe, Geert Van Poelvoorde, avait ainsi annoncé à l'agence Bloomberg avoir réussi, en trois semaines, à réorganiser ses approvisionnements, afin de ne plus être dépendant des matières premières russes. "Nous avons réussi à le remplacer par du charbon venant d'autres pays, ou par du charbon de qualité différente", a-t-il expliqué.

Une consommation de charbon en baisse

Cet embargo sur le charbon russe pourrait également avoir l'avantage d'accélérer la transition énergétique de la France, qui réduit progressivement, et depuis plusieurs années, ses importations et sa consommation de charbon. En 2020, les importations ont chuté pour la troisième année consécutive, (- 30% en 2020, après - 22% en 2019 et - 10% en 2018), atteignant leur plus faible niveau depuis plusieurs décennies.

Les industriels, qui ont pour la plupart entamé une transition énergétique, utilisent en effet de moins en moins cette matière première comme source d'énergie. Les principaux secteurs consommateurs en 2020 restent la filière fonte (53% du total), la production d’électricité et de chaleur (29%) et l’industrie manufacturière hors hauts-fourneaux (13%).

Face à cette baisse d'intérêt pour le charbon et à la volonté de se tourner davantage vers l'énergie renouvelable, plusieurs centrales à charbon ont fermé en France ces dernières années. Actuellement, seule la centrale de Cordemais (Pays de la Loire), est encore en activité, celle de Saint-Avold (Moselle) ayant fermé le 31 mars.

Trois centrales thermiques au charbon subsistent par ailleurs en outre-mer. Mais celles-ci utilisent également un combustible renouvelable issu de la canne à sucre, la bagasse, durant la campagne sucrière. Leur conversion en unités 100 % renouvelables (bagasse-biomasse) est en cours.

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À court terme, les énergies renouvelables, dont les infrastructures sont relativement rapides à mettre en place, représentent ainsi probablement une partie de la solution. En 2020, leur part a atteint 19,1 % de la consommation finale brute d’énergie, en progression de 10 points par rapport à 2005. La biomasse (34,2%), l'hydraulique renouvelable (19,3%) et l'éolien (12,7%) représentent les trois sources d'énergie verte les plus importantes.

Le nucléaire, qui fait déjà largement partie du paysage français et qui représente 67% de l'électricité produite dans le pays, aurait aussi pu palier le manque de charbon. D'autant qu'en février, Emmanuel Macron avait annoncé le prolongement de la durée d’exploitation des réacteurs "qui peuvent l'être", évitant plusieurs fermetures prochaines. Mais dans l'immédiat, près de la moitié des 56 réacteurs français se trouvent à l'arrêt pour cause d'entretien, de révision ou de dysfonctionnement. En conséquence, EDF a abaissé en février sa prévision de production nucléaire en France pour 2022. La prévision a été ramenée à 295 – 315 térawattheures (TWh), contre 300 – 330 TWh précédemment.


Charlotte Anglade

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