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M¨¦taux : pourquoi le spectre d'une p¨¦nurie menace la transition ¨¦nerg¨¦tique et climatique

Annick Berger
Publi¨¦ le 30 septembre 2022 ¨¤ 18h42
JT Perso

Source : JT 20h WE

La transition ¨¦nerg¨¦tique en Europe demande une quantit¨¦ colossale de m¨¦taux.
Des ressources qui ne sont toutefois pas in¨¦puisables.
Et qui ne sont pas aussi "vertes" qu'on le croit.

Ils sont le "nouvel or noir" de la planète. C'est ainsi que Bela Loto, responsable de la Maison de l'information responsable (MIR) décrit le cuivre, le lithium, le cobalt et autres terres rares à travers le monde. Des métaux largement utilisés, notamment en Europe, dans le cadre de la transition prônée par les gouvernements des Vingt-Sept afin de tenter de conserver le réchauffement de la planète en dessous de 2 degrés.

Mais pour respecter ces engagements, les pays du monde entier vont devoir de revoir totalement leur système énergétique d'ici à 2050 avec une sortie de leur dépendance aux combustibles fossiles (pétrole, gaz, charbon) qui représentent aujourd'hui plus de 80% de la consommation d'énergie finale. Et le modèle privilégié pour effectuer cette transition est celui basé sur l'électrification et les énergies renouvelables.

"Pas un puits sans fond"

Des modèles dépendants en minerais comme le cobalt, le lithium, le manganèse, le nickel ou le graphite, indispensables par exemple pour la fabrication des batteries, ou encore les terres rares, qui regroupent 17 métaux différents, utilisées dans la fabrication d'aimants magnétiques qui servent ensuite à la fabrication des éoliennes et des moteurs de voitures électriques. Enfin, des ressources comme le silicium, le cuivre et l'aluminium sont utilisés pour le développement des réseaux électriques et la construction de panneaux photovoltaïques.

Des matériaux pour lesquels la demande globale devrait être multipliée par quatre d'ici à 2040, selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE). Pour l'Europe, la demande est même encore plus importante : dans un rapport publié en avril par Eurométaux, l'association européenne des producteurs de métaux, et l'Université de Louvain (Belgique) d'ici à 2050, il faudra 35 fois plus de lithium qu'aujourd'hui pour le Vieux continent, jusqu'à 26 fois plus de terres rares, deux fois plus de nickel, une augmentation de +330% de cobalt, mais également +33% d'aluminium, +35% de cuivre, +45% de silicium, de +10% à 15% de zinc. Des calculs qui se basent sur les plans industriels prévus sur le continent, par exemple dans l'auto, les batteries et l'hydrogène.

Mais attention, ces métaux "ne sont pas un puits sans fond", alerte Bela Loto. Par exemple, pour le cuivre, en trois décennies, le monde pourrait consommer entre 60 et 90% des ressources connues d'ici à 2050. "Il existe un véritable risque de pénurie, à la fois sur le plan géologique, car ces ressources ne sont pas inépuisables, mais aussi parce que ces matériaux vont être au cœur d'une demande croissante au niveau mondial ce qui pourra provoquer des problèmes de flux d'approvisionnement", détaille la chercheuse. Un constat qui avait été dressé dès 2021 par l'AIE qui avait alors prévenu de "risques pour l'approvisionnement en minerais" dès l'horizon 2030. L'Union européenne devrait faire face à des difficultés pour cinq métaux en particulier : le lithium, le cobalt, le nickel, les terres rares et le cuivre.

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Une Europe "sous perfusion" ?

Autre problème de ces métaux si précieux : leur production est encore plus concentrée que celle des énergies fossiles. "Par exemple, le cobalt est produit à 70% par la République démocratique du Congo et 40% de celle du cuivre est assurée par le Chili ou le Pérou", détaille Bela Loto qui précise que pour les Terres rares, la situation est encore plus difficile : "La Chine détient plus de 80% des opérations pour ces métaux. Le pays a investi dans un secteur hautement stratégique qui a augmenté notre dépendance vis-à-vis de Pékin", explique la chercheuse. Le constat est le même pour d'autres métaux stratégiques : plus de 60% du graphite est produit par Pékin, l'Australie produit environ 50% du lithium et l'Afrique du Sud 70% du platine. Pour le nickel, la moitié de la production se répartit entre l'Indonésie, les Philippines et la Russie. 

Une situation compliquée pour l'Union européenne qui ne produit que 3% du volume mondial de métaux, mais en consomme près de 20%. "Nous sommes sous perfusion", alerte Bela Loto qui s'inquiète de cette forte dépendance des pays européens à ces acteurs étrangers. "C'est une vraie question géopolitique", estime-t-elle quand certains appellent à relocaliser une partie de la production sur le territoire des membres de l'UE, notamment pour garantir une production plus responsable que celle qui s'effectue dans les pays producteurs.

Une demande soutenue en France. En juin, un rapport sénatorial a ainsi demandé la réouverture de mines en France pour "répondre aux besoins économiques et aux difficultés géopolitiques actuels". Le document de 300 pages souligne ainsi qu'il est nécessaire de mettre en place des "permis d'exploration et d'exploitation minières sur des standards durables", rappelant qu'on dénombre 15 grammes de terres rares dans un smartphone, 5 kg dans une batterie électrique ou encore 600 kg dans une éolienne en mer. 

La question du co?t ¨¦cologique

Car l'autre enjeu autour de ces métaux si précieux est la transition écologique. Extraire des terres rares ou du lithium n'est pas sans effet sur l'environnement : ils utilisent de grandes quantités d'eau et des produits chimiques hautement néfastes pour la santé humaine et les écosystèmes qui entourent les mines, avec notamment une artificialisation des sols qui impacte fortement la biodiversité des sites. D'autant que les pays dans lesquels l'extraction se produit ne figurent pas parmi les plus stricts en matière de défense environnementale, par exemple en Chine ou en République démocratique du Congo. 

"C'est facile de vouloir de l'énergie verte à domicile sans payer le coût qui l'accompagne", fustige ainsi Bela Loto qui rappelle que non seulement l'extraction des métaux est néfaste pour l'environnement, mais qu'elle a aussi un coût humain important : "C'est trop facile de vouloir faire du vert ailleurs pour pouvoir en profiter tranquillement en Europe, alors que dans les pays où l'activité se déroule, on bafoue les droits humains tels que définis par les Nations unies avec des cas d'esclavage moderne". D'où l'appel de Bruxelles à relocaliser des mines dans des conditions d'exploitation en adéquation avec les standards internationaux ou à s'assurer de filières d'approvisionnement responsables. 

La "bonne nouvelle" sur cette problématique et celle de l'approvisionnement est toutefois que, selon le rapport publié par Eurométaux, d'ici à 2050, 40 à 75% des besoins de l'Europe en métaux pourraient être couverts par le recyclage, si le Vieux continent investit rapidement dans les infrastructures, relève ses taux de recyclage obligatoire et s'attaque aux goulets d'étranglement à venir. Mais dans l'intervalle, elle "s'expose à des manques critiques sur les 15 prochaines années, faute de plus grandes quantités de métaux pour accompagner les débuts de son système énergétique décarboné", alertent les chercheurs.


Annick Berger

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